Chat Pratique

Apprendre à son chat à sonner une clochette pour jouer

Chat qui apprend à sonner une clochette pour réclamer une séance de jeu, méthode d'éducation positive

Ma clochette de bureau fait à peine 8,5 centimètres de diamètre, la même qu'on trouve sur le comptoir d'un vieil hôtel. Aujourd'hui, c'est le signal que mon chat utilise pour réclamer une partie de jeu, et cette astuce n'a rien d'un tour de magie : juste de l'éducation positive, appliquée par petites touches, avec pas mal de faux départs au passage.

Avant la clochette, mon chat n'avait qu'une seule technique pour réclamer une partie de canne à pêche : miauler de plus en plus fort jusqu'à ce que je craque. Yoann, un copain de mon groupe de course à pied du dimanche — on traîne souvent du côté du Parc de la Prévalaye — refusait d'y croire quand je lui ai annoncé mon projet. Pour lui, un chat qui répond à un signal sur commande, ça relevait de la science-fiction.

Le matériel : une clochette et un peu d'éducation positive

Rien de sophistiqué dans le matériel : une clochette de bureau standard, du genre qu'on trouve sur le comptoir des vieux hôtels. Assez large pour ne pas se renverser sous un coup de patte maladroit, assez petite pour ne pas encombrer la table basse.

Le vrai secret, je l'ai compris vite, ce n'est pas l'objet, c'est la brièveté des séances. Je limitais chaque session à quelques minutes à peine, souvent juste avant son quart d'heure de folie habituel. Je n'ai jamais utilisé de clicker, d'autres jurent par cette méthode, le fameux clicker training, mais pour ce que je voulais faire, la clochette suffisait largement.

Gros plan sur la patte d'un chat qui explore une clochette de bureau en métal pendant une séance d'éducation positive

Apprivoiser un objet qui ne sert à rien, au début

Pendant les premiers jours, mon chat regardait cet objet métallique avec une méfiance totale, soit un nouvel ennemi, soit un truc sans intérêt. Le léger cliquetis de la boîte de friandises, à peine secouée, suffisait pourtant à le faire tourner la tête vers moi. J'ai récompensé absolument tout : un regard vers la clochette, un reniflement curieux, la plus petite once de curiosité. C'est la base du renforcement positif : on célèbre ce qui va dans le bon sens plutôt que de punir le reste.

Ma vraie erreur de débutant n'a pas été une histoire de timing de récompense, c'est d'avoir voulu lui apprendre la clochette en même temps que deux autres trucs, rester assis et venir sur commande. Il ne savait plus où donner de la tête, confondait tout, regardait la clochette puis moi puis la porte sans comprendre ce qu'on lui demandait. J'ai tout mis en pause sauf la clochette, et les choses se sont arrangées. Un peu comme le target training, où le chat apprend à toucher un objet précis avec sa patte ou son museau : ça ne marche que si l'objectif reste unique.

Le langage corporel aide aussi à savoir quand arrêter : oreilles qui pivotent, queue qui commence à battre, ce sont des signaux qu'il valait mieux respecter plutôt que d'insister pour une ultime répétition.

Le jour où la clochette a vraiment sonné

Sans prévenir, le vrai déclic est arrivé après quelques semaines de tâtonnements. J'avais glissé une friandise sous la cloche, sans la cacher complètement, pour l'inciter à utiliser sa patte. Cette histoire de friandise à moitié cachée, c'est ni plus ni moins la méthode du leurre et du façonnage, luring and shaping, si on veut lui donner un nom savant. À force de chercher le trésor, il a fini par effleurer le sommet de la cloche du bout des coussinets. Le son a retenti, il a sursauté, j'ai sursauté, et j'ai aussitôt sorti son plumeau préféré pour une session de jeu endiablée.

Cette étape reste délicate, certains chats étant sensibles aux bruits métalliques, mieux vaut alors avancer par désensibilisation progressive, en habituant l'oreille petit à petit plutôt qu'en imposant le son d'un coup. Pour le mien, j'avais déjà travaillé à habituer mon chat à se faire manipuler les pattes en douceur, ce qui a grandement facilité les choses lorsqu'il a fallu qu'il pose ses coussinets avec précision sur le métal. La première fois qu'il a touché la cloche par accident, je n'ai rien préparé à l'avance : j'ai juste récompensé ce geste spontané dans la seconde, un réflexe que certains appellent le capturing.

Chat tigré attentif, prêt à jouer juste après avoir fait sonner sa clochette d'appel

Pourquoi le son doit annoncer le jeu, pas la friandise ?

Une fois le contact physique acquis, il restait à faire comprendre que le tintement égalait une partie de jeu avec moi, pas juste une distribution de croquettes. Au début je disais « Ding » à voix haute en secouant la clochette, avant de laisser tomber le mot pour ne garder que le geste, un peu comme le transfert d'un signal verbal vers un signal silencieux, sauf qu'ici c'est le son qui a fini par remplacer la parole. J'ai arrêté de donner des friandises systématiquement pour me concentrer sur la récompense ultime, le jeu lui-même, le jeu félin comme véritable outil d'apprentissage, en somme. On a passé plusieurs semaines à répéter le même schéma : je posais la clochette, il donnait un petit coup de patte, et hop, je sortais la canne à pêche cachée derrière mon dos.

Cloche, puis patte, puis jeu : c'est un enchaînement de comportements tout simple, mais chaque maillon devait être solide avant d'ajouter le suivant. C'est un peu comme le signal de rappel qu'on utilise pour faire venir un chat à soi, sauf que là, c'est lui qui déclenche l'appel, un rappel à l'envers, en quelque sorte. Le tintement cristallin dans le salon silencieux, suivi du bruit sourd des pattes qui courent sur le parquet, ça reste un des sons que je préfère entendre chez moi.

Le revers de la médaille : quand la clochette devient une exigence

Mon analyse la plus personnelle sur le sujet, c'est justement là : apprendre à un chat à sonner une clochette est souvent présenté comme le comble de la mignonnerie, mais ça peut jouer contre vous si vous cherchez du calme. Vous lui donnez un outil de demande d'attention qu'il peut actionner à volonté, pas seulement quand ça vous arrange.

Le contrôle des impulsions entre en jeu aussi, pas seulement le sien mais un peu le mien : à un moment, mon chat sonnait tôt le matin ou pendant un appel vidéo pour le travail, et j'ai dû instaurer une règle, la clochette n'est disponible que lorsque j'ai décidé que c'était l'heure du jeu, sinon elle finit dans le tiroir. Pour les activités moins sonores, j'avais aussi testé ma technique pour jouer à cache-cache avec son chat en intérieur, bien plus calme pour les oreilles des voisins.

Clochette de bureau posée sur une étagère en bois, rangée entre deux séances de jeu avec le chat

Un seul signal bien posé vaut mieux que dix improvisés

Briac, membre d'un forum de propriétaires de chats bretons, m'a écrit un jour pour me demander si l'âge changeait la donne. Il testait les mêmes exercices en parallèle avec deux chats d'âges très différents. Ma réponse a été la même que pour Yoann : ça dépend surtout du chat, pas vraiment de son âge, même si les plus jeunes accrochent parfois un peu plus vite.

Vers la douzième semaine, je l'ai appelé depuis le couloir sans clochette en main, et il est arrivé tout droit, sans même s'arrêter renifler au passage. Ce genre de moment ne fait pas de bruit, mais il en dit long sur toutes ces semaines de tintements avant. Au fond, cette histoire de clochette a surtout été une manière de construire de la confiance et de la complicité avec lui, séance après séance, plus que le tour en lui-même. Si vous vous lancez, la vraie leçon que je retiendrais, c'est qu'un seul signal bien posé et travaillé à fond vaut largement mieux que dix signaux appris à moitié en même temps.