
Un arbre à chat tout neuf peut rester ignoré pendant longtemps avant de devenir un simple perchoir à poussière. Le mien a tenu bon plusieurs semaines dans mon salon, à Rennes, haut et parfaitement installé, pendant que mon chat préférait un carton de livraison vide posé juste à côté. Ce n'était pas une question de confort : il lui manquait une raison d'y aller. Cette raison, j'ai fini par comprendre qu'elle passait par le jeu, pas par l'ameublement. C'est tout un chemin d'éducation positive que j'ai dû emprunter pour y arriver.
Le point de vue du chat sur son arbre
Pour moi, un arbre à chat est un investissement déco qui doit s'intégrer au salon. Pour lui, c'est un poste d'observation, un vrai terrain d'enrichissement, mais seulement s'il s'y sent en sécurité et stimulé. Un chat passe une bonne partie de sa journée à somnoler quelque part dans la maison ; s'il choisit systématiquement le canapé ou un carton plutôt que sa structure dédiée, c'est le signe qu'il manque quelque chose à l'équation, pas une question de qualité du meuble.
J'ai aussi observé où je l'avais installé. Rangé dans un angle sombre, tourné vers un mur, l'arbre lui coupait toute vue sur ce qui se passe autour de lui, alors qu'un chat aime garder un œil sur son territoire. Je l'ai donc rapproché de la fenêtre du salon, celle qui donne sur la cour intérieure de l'immeuble : la lumière y est belle l'après-midi, et il peut suivre du regard les pigeons qui se posent sur les rebords en face, bien au chaud.

Les friandises cachées ne créent pas d'habitude
On lit souvent qu'il faut cacher des croquettes sur les différents plateaux pour « motiver » un chat à grimper. Je l'ai tenté un dimanche après-midi pluvieux, en semant ses croquettes préférées tout en haut de la structure. Résultat : il a grimpé, tout avalé en quelques secondes, puis il est redescendu directement vers son carton. Une des croquettes a même glissé derrière le radiateur, et j'ai dû démonter la moitié du meuble pour aller la récupérer, un vrai moment de solitude un dimanche après-midi.
Ce n'était pas la première fois que je me plantais avec la nourriture comme déclencheur. Pour le rappel, j'avais pris la mauvaise habitude d'agiter un paquet de croquettes pour l'appeler depuis une autre pièce ; au bout d'un moment, il a fini par ignorer complètement ce bruit, comme si le signal avait perdu tout son sens. Même leçon avec l'arbre : la nourriture déclenche une action ponctuelle, elle ne construit pas une habitude.
L'arbre devenait une mangeoire statique dans sa tête, pas un terrain de conquête. Le plaisir devait venir du mouvement et de la chasse, pas d'une récompense posée à l'avance. C'est en digérant cet échec que j'ai vraiment commencé à adapter les jeux à la personnalité de son chat pour mieux s'amuser, plutôt que de recycler la même recette pour tout le monde.
Transformer l'arbre en terrain de jeu
Plutôt que de la nourriture, j'ai sorti son plumeau préféré. L'arbre ne devait plus être un meuble : il devait devenir une montagne à conquérir pour attraper une proie. J'ai commencé au pied du poteau, en le laissant repérer le jouet avant même qu'il touche le sisal. Il fallait qu'il soit déjà en mode chasseur avant de poser une patte dessus. Une fois qu'il mordait à l'hameçon, je faisais frétiller le plumeau juste au-dessus de sa tête pour l'inciter à grimper sur le premier plateau, puis je le laissais « disparaître » derrière les rebords pour l'attirer un peu plus haut à chaque fois.
Mon voisin de palier, Tugdual, m'a surpris en train de faire ça un soir, par la porte entrouverte, et il n'a pas mâché ses mots : il trouvait que je ressemblais à un marionnettiste raté. Il n'avait pas tort, mais la méthode fonctionnait. Entendre ses griffes s'agripper dans la corde neuve avec cette énergie du tout début, c'était la preuve qu'il commençait à se l'approprier.

Et les jours où il n'a tout simplement pas envie ?
Tout n'a pas suivi une courbe bien nette. Certains jours, après quelques séances de jeu courtes dans la semaine, il n'avait pas envie, et il valait mieux ranger le plumeau que d'insister. Ma voisine du dessous, Romane, vit la même chose avec son jeune bengal : elle m'envoie régulièrement des vidéos de ses essais, pleine de bonne volonté, mais elle a du mal à garder le rythme d'une semaine sur l'autre. C'est justement là que la plupart des gens abandonnent trop tôt.
J'ai aussi ressorti de l'herbe à chat pour l'attirer vers la structure. Ça fonctionne sur la plupart des chats, le mien y compris, mais l'effet reste ponctuel : quelques minutes d'excitation, puis plus rien. Le jeu, lui, construit une habitude que la cataire ne construit pas. C'est le même chat qui, pour le rappel, vient maintenant depuis l'autre bout du salon même quand un jouet à plumes traîne juste devant lui, car un signal bien renforcé finit par peser plus lourd qu'une distraction, que ce soit pour revenir vers moi ou pour grimper vers son arbre.
Si vous voulez creuser pourquoi deux chats ne réagissent jamais pareil au même jouet, je vous renvoie vers ce qui m'a aidé à comprendre la personnalité de son chat avec le guide Connaitre son chat. Cela m'a évité de comparer mes progrès à ceux des autres.
Le déclic, autour de la sixième semaine
Le vrai tournant est arrivé environ six semaines après avoir commencé ces séances, un soir où je n'avais rien préparé du tout. J'étais sur le canapé, plongé dans un livre, quand j'ai entendu le raclement familier des griffes sur le sisal. Il grimpait tout seul, sans plumeau, jusqu'au plateau du dessus, avant de se lover dans le hamac. Le craquement du vieux parquet sous ses pattes, au moment où il a sauté pour venir réclamer une caresse un peu plus tard, m'a presque fait sursauter tellement j'étais absorbé par ma lecture.
L'arbre n'était plus un corps étranger dans le salon : c'était devenu son poste de guet et son coin sieste, sans que j'aie besoin de l'y pousser. Il y passe désormais une bonne partie de ses journées, à observer la cour depuis le plateau du haut ou à s'étirer sur le hamac après un saut.
Ce que je retiens de tout ça, c'est qu'un arbre à chat ne devient attractif que si le chat y associe un souvenir de jeu, pas une récompense posée à l'avance. C'est un peu comme on finit par aimer un trajet à vélo pour le plaisir de rouler, pas pour la pause qui nous attend à l'arrivée. Si votre chat reste vraiment indifférent malgré plusieurs tentatives, ou si vous remarquez autre chose qui vous inquiète dans son comportement, mieux vaut en parler à un comportementaliste félin plutôt que de s'acharner avec un plumeau.